Tu bandes ? Accompagner les troubles de l’érection

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Sujet tabou, remarques discrètes, moqueries, demandes compliquées, problématiques honteuses… La personne venant vous voir pour des « troubles de l’érection » a souvent explorer de nombreux autres professionnels et à écumé internet à la recherche de solution. Mais que pouvez-vous lui proposer ?

Les autres professionnel·le·s ont souvent une approche curative des troubles de l’érection : on vient « soigner » un organe qui fonctionne mal sans prendre en compte la personne dans sa globalité : on donne du Viagra pour aider l’érection sans réfléchir à ce que la personne va en faire. Comme si avoir une érection était un objectif en soi…

Sans passer par le réflexe de prescription obligatoire et sans m’attarder sur le fait que s’occuper d’un organe « malade » revient à couper la personne du lien à son corps donc à l’objetiser cette partie, j’aimerais vous proposer une approche plus globale, qui mélange hypnose, fonctionnement de l’inconscient et sexologie. Abordons cette problématique en comprenant qu’elle est hautement politique, religieuse et qu’elle recouvre de nombreuses injonctions.

Le savoir comme émancipation du praticien·ne et de l’accompagné·e

Je vous encourage à accumuler du savoir sur certaines problématiques, notamment sexuelles.

L’érection arrive quand les corps caverneux (ce qui compose le pénis, comme une éponge) se gonflent de sang, augmentant ainsi la taille et la dureté du pénis. Pour que le corps caverneux se gorgent de sang il faut que les muscles qui le composent se relâchent, se détendent, permettant ainsi une circulation sanguine importante, comme une éponge qui se gonfle d’eau. L’érection vient donc d’une détente musculaire et non du contraction. Cette détente est ordonnée par le cerveau qui peut déclencher ou interdire l’érection.

Autrement dit : pour bien bander il faut être bien détendu. C’est de la qualité de la détente, de la sérénité de la personne que va dépendre la qualité de son érection. Une personne tendue, stressée, en colère ou triste, ne peut pas bander efficacement. Une insécurité physique ou émotionnelle nuit gravement à cette élévation.

Le souffle peut jouer un rôle important : une respiration abdominale, longue et en souplesse calmera la personne et augmentera l’érection rapidement.

Ce qui déclenche l’érection peut avoir plusieurs origines : l ‘excitation et la stimulation sexuelle, l’activité de l’inconscient (la nuit lors de rêves) et des réflexes du corps permettant une irrigation (la fameuse érection matinale). L’érection n’est donc pas forcément sexuelle… Et l’inverse est vrai : on peut être très excité et avoir beaucoup de plaisir sans avoir d’érection (notamment dans le sexe prostatique).

Quant aux troubles de l’érection, ils peuvent venir de : l’alcoolisme, la prise de drogues, le stress, la fatigue, l’alimentation, le diabète, maladies vasculaires, etc. Vous pouvez proposer à votre accompagné de faire un bilan avec son médecin avant votre prise en charge hypnothérapeutique afin de mieux connaître sa problématique.

Si vous arrivez à éliminer les raisons les plus biologiques, vous pouvez travailler sur le contenu psychologique des troubles de l’érection, à commencer sur le stress qui en est souvent à l’origine. Vous l’avez compris : stress et érection ne font pas bon ménage, pour bien bander, il faut être serein et en confiance.

J’attire votre attention sur le fait de nombreuses violences sexuelles ont lieu lors de rapports frustrants ou décevants de par l’incapacité d’une personne à bander, surtout lorsque l’idée de « contenter le·a partenaire » est en jeu et encore plus quand la personne subit des humiliations. La violence intervient en symbole de vengeance, de volonté d’exercer du pouvoir sur l’autre. C’est un terrain fertile aux violences conjugales. N’hésitez pas à rester à l’écoute des indices qui pourraient vous mettre sur la piste d’une situation dangereuse et à prévenir les autorités si nécessaire.

Il y a de telles injonctions qui pèsent sur le pénis que cela peut pousser une personne à avoir des comportements violents si il ne fonctionne pas comme il l’aimerait.


Savoir questionner la personne :

Lors de la prise en charge d’un accompagné ayant des troubles de l’érection, il est essentiel d’en comprendre l’origine pour pouvoir avoir un accompagnement effiace :

« Est-ce que vous avez des érections la nuit ou le matin ? Et quand vous vous masturbez ? Est-ce que ces troubles arrivent avec chaque partenaire ? Depuis combien de temps ? »

Vous allez pouvoir dresser un profil de problématique, si vous sentez que ces troubles arrivent en lors d’une situation nouvelle, peu maîtrisée, stressante pour la personne, vous allez pouvoir travailler sur la gestion du stress.

Il est également possible de questionner votre accompagné sur ces motivations : « Qu’allez vous faire de votre érection quand elle sera revenue ? Qui en a besoin ? Vous ou quelqu’un·e d’autre ? ». Il arrive que la personne ne soit pas motivée de retrouver sa capacité érectile et que ce soit son·a partenaire qui soit à l’origine de la consultation.

« Quelle votre rapport à cette partie là de votre corps ? L’aimez-vous ? Avez-vous déjà vécu des violences ou des humiliations la comprenant ? », ces questions pourront vous permettre de connaître le rapport que votre accompagné entretient avec son sexe. Et vous le savez, mieux l’on se sent dans son corps, plus nous l’aimons en l’acceptant comme il est et plus il est facile d’en jouir.

Au delà de la pénétration

La majorité des hommes cis-genre conçoivent la pénétration comme étant au centre de leurs pratiques sexuelles. Et tout dans leurs éducations sexuelles les poussent à avoir des comportements pro-pénétratifs (le porno, les films, les livres, les histoires de vestiaires entre copains, etc). Toutes ces injonctions mettent une pression important sur la capacité d’un homme à bander et peut nuire à l’image de lui-même si il n’arrive plus/pas à avoir ou garder une érection.

Vous pouvez vous servir de contenu pédagogique clair comme le livre de Martin Page « Au delà de la pénétration » ou celui de Maia Mazaurette « Sortir du trou » pour faire comprendre à vos accompagnés que la pénétration est une pratique non obligatoire à un rapport sexuelle satisfaisant. En faisant ça vous dédramatisez cet acte en lui enlevant ce qu’il a d’effrayant.

Comme vous vous en doutez, les piliers d’une sexualité épanouie sont la connaissance de son corps, la connaissance du fonctionnement seuxelle (donc aussi du corps de l’autre) et surtout une bonne dose de communication avec ses partenaires. Encouragez vos accompagné·e·s à communiquer avec leurs partenaires sur leurs troubles, en brisant les tabous on enlève une bonne dose de stress.

Tintinnabulum, Pompéï, Musée archéologique de Naples

Et l’hypnose ?

Il existe de nombreuses approches, je n’aime pas l’idée d’avoir un script déjà fait, je vous encourage donc à faire en fonction de votre style et de vos méthodes. Vous serez toujours plus efficace en partant de vous plutôt qu’en imitant un·e autre hypnothérapeute.

Mais gardez en tête les contenus pédagogiques cités plus haut : baisser le stress en augmentant la qualité de l’image de soi, apprendre à dédramatiser la situation, encourager une sexualité non-pénétrative, travailler sur l’acceptation avant de la travailler sur la résolution des problèmes, rendre la personne actrice en lui apprenant le fonctionnement de son pénis (les corps caverneux ne se gonfleront qu’avec du calme), etc.

Personnellement, j’apprécie utiliser les submodalités en jouant sur les sensations et leurs représentations, en leurs apprenant à déclencher une érection en état d’hypnose. Ensuite, proposer un nettoyage mémorielle du pénis puis une réappropriation symbolique de cette partie du corps. Parfois quelques ancrages verbaux ou gestuels en associant geste = érection.

J’encourage toujours mes accompagnés à s’explorer, à aimer leur corps et à le connaître. C’est le vaisseau de chair sur laquelle nous traversons la vie, être bienveillant et doux avec lui nous permet de vivre plus sereinement.

Pour finir, je vous propose de vous-même explorer votre rapport à l’objet phallique, qu’est-ce-que ça me fait personnellement l’idée d’un sexe en érection ?

Je vous en propose ma vision : ce n’est pas l’image d’un pouvoir oppressif sur les autres, une érection est plutôt le symbole de la détente, du calme et de la confiance. Quelque chose qui n’a rien à avoir avec la puissance, mais plutôt avec le bien-être.

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