JE NE SUIS PAS BIENVEILLANT

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Oui, on dirait un titre putaclic à la Jérémy (clin d’œil trollesque à ce dernier, au passage 😉 ), mais il n’en est rien : il s’agit d’une phrase que j’ai prononcée hier, lors de la clôture de la formation à Tours (promo « Origin’all » 2021).
En effet, les nouveaux diplômés nous remerciaient, les autres intervenants et moi, pour notre bienveillance au cours de la formation, et j’ai eu envie de rebondir sur ce mot.
Car il s’agit d’un mot absent de mon vocabulaire. Je ne l’utilise, pour ainsi dire, jamais. D’ailleurs, comme je l’ai fait remarquer, hier soir, je ne l’ai pas utilisé une seule fois pendant la formation. Et je vais vous expliquer pourquoi.
La première raison, c’est que le socle de ma construction mentale est la culture classique (entendez pas cela « Antique, depuis l’invention de l’écriture jusqu’à la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie, pour faire simple). Or, dans la culture classique, la notion de bienveillance est inexistante (tout comme celle de confiance en soi et autres inventions modernes) ; Aristote l’évoque rapidement dans sa Morale à Eudème, mais uniquement pour dire qu’il s’agit d’une disposition d’esprit inférieure à l’amitié.


Car les notions de bien et de mal étaient très différentes des nôtres, à cette époque pré-chrétienne où le manichéisme ne régnait pas encore en maître sur les esprits. Ainsi, chez les philosophes antiques, le bien est synonyme d’Harmonie ; le mal, lui, est l’absence d’Harmonie, l’incapacité à la créer ou l’incapacité à la maintenir.
Être un Homme bon, dans cette configuration, s’apparente donc à une quête constante d’Harmonie, et ce, à tous les échelons : Harmonie psychique, Harmonie sociale et Harmonie avec la Nature et avec l’Univers. Il s’agit d’une posture dynamique et continue : dynamique car elle doit prendre en compte les évolutions et aléas de l’environnement (intérieur & extérieur) pour s’y adapter ; et continue car l’Harmonie ne peut jamais être atteinte (sauf par les Dieux) : on ne peut donc que s’en rapprocher.

Un Homme bon (et quand j’écris Homme, j’entends « humain »), peut donc – toujours dans cette conception des choses – être amené à faire preuve de violence, de dureté ou de cynisme : s’il le fait dans l’objectif de produire, au final, davantage d’Harmonie, alors il reste un Homme bon. Le parallèle entre cette posture et celle développée – bien plus tard – par Franck Farelly dans sa « thérapie provocatrice » saute aux yeux. En effet, comme l’énonce Farelly, l’objectif du thérapeute est que son patient obtienne le changement désiré (plus d’Harmonie psychique), et que, s’il est nécessaire, pour atteindre cet objectif, de malmener ce dernier, quitte même à se faire détester de lui, eh bien il faut le faire.
L’action, c’est la vie ; l’absence d’action, c’est la mort, nous enseignait déjà la doctrine pythagoricienne. Mort de l’esprit, aussi, lorsque celui-ci reste confiné dans une « zone de confort » trop étroite, contraint à l’inaction par la tyrannie des peurs : nous voyons trop souvent ce genre d’enlisement, en tant que thérapeutes. Or, face à cet enlisement, surtout lorsqu’il est profond, il faut, de la part du thérapeute, une posture dynamique et forte. La simple « bienveillance » à la sauce moderne ne suffit pas : au contraire, même, car trop vouloir le bonheur et le confort de votre patient peut vous amener à éviter – consciemment ou inconsciemment – de le confronter à des choses difficiles pour lui, alors que cette étape s’avérerait peut-être cruciale dans son processus de changement.


On dit souvent que le mal ne triomphe qu’en raison de l’inaction des Hommes de bien : voilà ce que m’évoque, lorsque j’y pense, la bienveillance. Elle est inaction. Car elle se présente elle-même comme une vertu passive, quelque chose que l’on a, ou que l’on n’a pas. Quelque chose qui est, là, quelque part (où ça d’ailleurs ? Dans nos mots ? Dans notre regard ? Dans nos cœurs à paillettes ?) et non quelque chose qui vit, qui agit. C’est un fantôme. Une chimère. Voilà ce que c’est. Ou mieux encore : c’est un épouvantail inversé, un leurre, derrière lequel il est facile de se cacher ou de masquer ses vices ou ses véritables intentions, pour attirer ses proies et les asservir en les maintenant un peu plus dans ce gluant enlisement de l’inaction (mais qui est très confortable et rassurant)

Pour finir sur cette invective pamphlétiste et trollesque, une collègue m’a dit, la semaine dernière, les paroles suivantes (qui m’ont, en grande partie, inspiré ces réflexions) : « Je me suis rendu compte que certaines personnes se servaient de leur bienveillance pour écraser – subtilement – les autres ». Oh que oui, c’est bien là le problème. Et c’est pour cette raison que j’ai enfilé mon costume de troll pour secouer avec véhémence, dans cet article, cet arbre factice et pourtant bien trop enraciné dans le paysage du développement personnel. Mais si vous avez du mal à croire cette collègue, ou si vous pensez que, moi-même, j’exagère, lisez cette définition de la bienveillance dans un dictionnaire datant de 1680 :

« Bienveillance. Disposition favorable d’un supérieur envers un inférieur. »

Bref, vous m’avez compris : soyez un Homme bon ; autrement dit : cherchez à concourir à l’Harmonie : la votre déjà, et celle de l’Univers, et, dans votre métier plus précisément, à l’Harmonie psychique de votre patient. Et si cela doit passer par des tempêtes, des batailles psychiques, des chocs, et parfois même de bonnes baffes mentales (rappelez-vous, par exemple, des protocoles pour l’arrêt du tabac), eh bien c’est OK. Emmenez votre patient dans un voyage hors des sentiers battus ; soyez le Gandalf qui entraînera l’inconscient, parfois frileux et hobbitesque, de celui-ci, à partir à l’aventure. Mais ne cherchez surtout pas son bonheur ou son confort  : ça, ça viendra après, une fois que vous aurez bien fait votre job, et que le Hobbit aura accompli sa quête et pourra rentrer à Hobbitebourg, transformé et grandi.

Ou alors continuez à prêcher la bienveillance, mais, par pitié, donnez vos séances gratuitement dans ce cas, afin de préserver le confort et le bonheur de votre patientèle. De la cohérence, par la barbe de Durin !

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