Le voyage d’Emma

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Compte-rendu de séance

J’aimerai partager avec vous une jolie séance d’hypnose que je viens de faire avec une petite fille de 9 ans, Emma, qui avait une phobie des médecins – à tel point qu’elle faisait pipi dans sa culotte lorsque ses parents l’amenaient à un rendez-vous médical.

Il s’agissait de notre deuxième séance. J’avais déjà vu Emma une première fois il y a un mois. Nous avions alors « réglé à 90% le problème » (je reprends les mots utilisés par Emma) en utilisant des techniques assez classiques : rencontre avec le responsable des peurs, travail sur les sous-modalités, animal protecteur, lieu-ressource, futurisation avec mises en situations, etc.

Je voulais, pour cette deuxième séance de « renforcement », aller vers quelque chose de plus poétique, tout en restant utilitaire et en respectant l’objectif de ma petite cliente.

Si je choisis de partager cette séance-ci avec vous, c’est parce que j’ai pris beaucoup de plaisir à la faire. Je me suis pris au jeu, j’ai eu l’impression de retomber en enfance ! C’est ce genre de séance qui me rappelle à quel point j’ai un métier de rêves, au sens littéral de l’expression. Bref, cette séance illustre parfaitement la dimension poético-onirique que peut revêtir le métier d’hypnothérapeute.

Jungle & animal gardien

Je demande à Emma de se rendre dans son imagination par le moyen de son choix. Elle emprunte un grand escalier (avec une marche cassée, détail important pour elle!) et arrive au milieu d’un jungle luxuriante et foisonnante de vie animale. Elle me décrit les cascades, les perroquets, les papillons, l’odeur des fleurs… Et là apparaît « Croc-Lent », son animal-gardien qu’elle avait rencontré lors de notre première séance, un magnifique jaguar blanc. L’animal ronronne de plaisir en la retrouvant et lui réclame des papouilles. Elle le sert dans ses bras puis monte sur son dos et chevauche vers des régions plus lointaines dans son imagination.

Je suggère à Emma que la mission d’aujourd’hui sera de lui créer une protection contre les peurs. Pour cela, nous aurons besoin de rencontrer le grand forgeron de l’esprit et lui amener les ingrédients précieux nécessaires pour créer cet artefact de puissance.

Alexandre, forgeron de l’esprit et équilibriste

Croc-Lent la guide jusqu’au forgeron : nous trouvons celui-ci se tenant en équilibre sur une planche de bois surplombant une haute falaise, dans les montagnes.

« Que fait-il sur cette planche ? » lui demandai-je.

« Il travaille son équilibre. Car il dit que c’est important dans son métier. » me répond Emma.

Alexandre – c’est ainsi que se nomme le forgeron – conduit Emma jusqu’à sa forge : un grand atelier creusé à même la roche, mais très lumineux, avec de grandes baies vitrées qui donnent sur les paysages montagneux. Il lui serre un verre d’eau et lui énumère ce dont il a besoin pour créer une protection pour elle : « Il me faut une pétale de tulipe, une feuille de bananier et une pierre précieuse ».

No pain, no gain est un principe que j’aime bien en hypnose. Je me dis à ce moment que ces trois ingrédients semblent un peu trop faciles à obtenir et qu’il faut la mériter cette protection. C’est d’ailleurs ce que théorise Alejandro Jodorowsky dans son Manuel de psychomagie : plus les ingrédients sont difficiles à obtenir, plus l’opération magique sera fructueuse. C’est pourquoi je suggère à Emma que ces trois ingrédients seront compliqués à réunir, car on ne les trouve qu’à des endroits très précis dans l’imagination et qu’ils sont gardés jalousement par diverses créatures avec lesquelles il va falloir négocier, ruser ou peut-être même les affronter afin d’obtenir ce que nous sommes venus chercher.

Tulipes, chien-de-glace et sirènes

Emma et Croc-Lent partent en quête, premièrement, de la pétale de tulipe.

Elle découvre que le seul endroit dans son imagination où poussent ces fleurs est un jardin secret, au milieu des montagnes, gardé par un gigantesque chien-de-glace.

Emma, téméraire, s’avance face au chien-de-glace et tente de négocier avec celui-ci.

« Je veux bien te donner une pétale de tulipe, dit le chien-de-glace, mais seulement en échange d’un collier de perles ».

Nouvelle quête : trouver un collier de perle.

« Sous l’océan, on doit pouvoir en trouver » me dit Emma « mais le problème, c’est qu’elles se trouvent très loin sous l’eau ».

Comment y accéder ? Je lui dis qu’il doit y avoir différents moyen de descendre sous l’eau : utiliser un sous-marin, embaucher une créature marine pour aller récupérer les perles pour nous, négocier avec les sirènes pour qu’elles nous transmettent leur magie et nous permettent de respirer sous l’eau… C’est cette troisième option qu’Emma choisit. Elle plonge dans les eaux profondes, accompagnée par les sirènes, et cherche les perles. C’est le moment le plus long de la séance : de toute évidence, elles n’étaient guère faciles à trouver. Mais Emma finit par y parvenir et à fabriquer, avec l’aide des sirènes, un magnifiques collier. Elle remercie ses alliées marines et sort de l’océan.

Elle retourne jusqu’au chien-de-glace. Celui-ci est très heureux de son collier de perle et il respecte alors sa part du marché en offrant une pétale de tulipe.

Premier ingrédient récupéré !

Chevaux-du-vent, hippocampes rocheux et bananier cyclopéen

Emma peut alors se mettre en quête du deuxième ingrédient : la feuille de bananier. Mais là aussi, les choses se compliquent : il n’y a qu’un seul bananier dans l’imagination d’Emma, et celui-ci se trouve sur une île secrète sur laquelle nul ne peut accéder en raison d’un « mur-de-tempêtes » qui entoure l’île et qui fait naufrager tous les navires qui s’en approchent.

Emma prend alors le temps d’étudier la question : elle se rapproche, avec un petit bateau, de ce fameux mur-de-tempêtes et découvre que celui-ci est créé par des esprits sauvages, les grands « chevaux-du-vent », translucides, qui galopent et provoquent vents et agitation sous leurs sabots.

Elle revient sur le continent et interroge les habitants des côtes. Un vieux marin lui raconte que, dans le temps, il a entendu dire que quelqu’un était parvenu à dompter les chevaux des vents, en les amadouant avec leur nourriture préférée : les « hippocampes rocheux », une variété d’hippocampes multicolores vivant sous les roches des plages. Emma se rend sur la plage, récolte un seau entier d’hippocampes rocheux, puis remonte à bord de son bateau et prend le large en direction du mur-de-tempêtes.

Là, elle présente son seau d’hippocampes rocheux au « chef des chevaux-du-vent », un grand étalon ombreux et orageux. Un peu farouche au début, celui-ci se laisse finalement amadouer. Il appelle ses congénères, et tous viennent savourer les hippocampes rocheux qui, de toute évidence, sont délicieux pour eux.

Le mur-de-tempêtes disparaît alors, Emma peut accéder à l’île sans encombre.

Là, elle trouve le fameux bananier : celui-ci est haut, très très haut, et les feuilles sont inaccessibles. Emma réfléchit quelques instants, puis retourne au bord de la mer ; elle appelle ses amies les sirènes et leur demande de lui tresser une corde solide à partir des algues marines.

Elles s’exécutent et fabriquent la corde. Emma peut alors s’en servir pour escalader le bananier et récupérer la précieuse feuille que lui a demandé Alexandre le forgeron.

Deuxième ingrédient récupéré !

Calamar géant, indigestion de baleine et chirurgie sous-marine

Pour le troisième ingrédient, la pierre précieuse, je décide de laisser Emma un peu moins libre dans son imagination et d’orienter davantage mes suggestions. Ma petite cliente m’avait dit, lors de la séance précédente, qu’elle aimait tout particulièrement les histoires de pirates. Cette information ouvre une porte de possibilités pour moi et je m’engage sous le seuil à ce moment de la séance : je lui suggère que la pierre précieuse se trouve dans le coffre au trésor d’un terrible capitaine pirate qui garde celui-ci, bien précieusement, sur son galion.

« Comment vas-tu pouvoir y accéder, Emma ? »

Elle réfléchit quelques instants et décide à nouveau d’appeler ses amies les sirènes. Elle demande à ces dernières de faire appel aux créatures des fonds marins pour l’assister dans sa quête.

Un calamar géant répond à l’appel, il remonte du fond de l’abysse et attaque le vaisseau pirate avec ses gigantesques tentacules. Les pirates, apeurés, désertent le galion à l’aide de leurs canots de sauvetage. Même Balthazar – c’est le nom qu’a donné Emma au capitaine pirate – prend la poudre d’escampette. Quel piètre capitaine !

Mais voilà qu’un nouveau problème se présente à nous : le calamar brise le navire en morceaux, et le coffre au trésor, lui, s’échappe de l’épave et plonge au plus profond de l’abysse.

Je suggère, à ce moment – je vois l’heure tourner et nous devons nous rapprocher de la conclusion de cette séance – qu’une baleine, voyant le coffre filant à travers les eaux, le prend pour un poisson et l’avale d’une bouchée… avant de se rendre compte qu’il s’agit de quelque chose d’absolument indigeste ! Mais c’est trop tard, le coffre est coincé dans l’estomac de la baleine, et celle-ci souffre cruellement de cela.

Vite, il faut sauver la baleine ! Car il s’agit d’une amie des sirènes. Emma et les sirènes conduisent aussitôt la baleine souffrante jusqu’à la citadelle sous-marine des sirènes, jusqu’à une sorte d’hôpital. Là, je demande à Emma si elle est prête à faire tout son possible pour sauver la baleine. « Bien sûr ! » me répond-elle. « Alors il va falloir que tu opères celle-ci : les sirènes te passent un couteau magique, très coupant, avec lequel tu vois devoir ouvrir le ventre de la baleine et en retirer le coffre au trésor qui y est coincé. Une fois que ce sera fait, tu prendras du fil et une aiguille et tu refermeras la plaie. La baleine alors sera parfaitement guérie. »

Emma, sans perdre de temps, s’exécute. Elle opère la baleine à la perfection, retire le coffre de son ventre, et recoud celui-ci. « On ne voit quasiment pas la cicatrice » me précise-t-elle, fière de son travail.

La baleine est guérie et remercie Emma. Elle lui dit que, désormais, elle sera toujours son amie et qu’elle pourra venir nager avec elle, quand elle le voudra, dans l’océan de l’imagination. Puis elle repart.

Emma ouvre enfin le coffre au trésor et récupère une pierre précieuse : troisième ingrédient récupéré !

Stéthoscope magique

Nous remontons à la surface et retrouvons Croc-Lent qui attendait Emma. Elle monte sur son dos et galope jusqu’à la forge d’Alexandre. Celui-ci est très heureux de voir qu’Emma a réussi à réunir les trois ingrédients ; il les récupère et se met aussitôt au travail.

La protection que celui-ci forge pour Emma est un stéthoscope magique : quand Emma le met autour de son cou, les peurs sont chassées loin d’elle ; et lorsqu’elle le met à ses oreilles, elle entend les ronronnements de Croc-Lent, ce qui la détend et la réconforte instantanément.

Nous testons la protection grâce à des portes magiques, situées derrière la forge, qui conduisent dans un futur virtuel : Emma valide la protection, elle fonctionne parfaitement.

Cérémonie, reconnaissance médicale et futur prometteur

Mais le voyage ne s’arrête pas là. Je demande à Emma de retourner à la « grande assemblée des personnages » de son imagination, où elle avait rencontré le responsable des peurs lors de la séance précédente.

Là, je lui suggère qu’une grande cérémonie est organisée en son honneur, pour la féliciter d’avoir accompli cette quête et d’avoir vaincu ses anciennes peurs. Mais je lui dit, aussi, qu’il n’y a pas que les personnages de l’imagination qui sont invités à cette fête, mais également tous les médecins, infirmiers, et autres personnes du milieu médical qui avaient pu lui faire peur dans sa vie passée. Ils sont tous là pour la féliciter, mais aussi pour lui offrir un objet symbolique en signe de reconnaissance, car elle a accompli avec brio une opération chirurgicale sur une baleine – ce qui demande beaucoup de professionnalisme ! – et que, désormais, dans le monde imaginaire, elle est connue pour être elle-même une grande médecin.

« Ils m’offrent une blouse blanche ! » me dit Emma, heureuse « et ils me disent que je suis leur collègue ! ».

« Et qu’est-ce que ça te fait qu’ils te considèrent comme leur collègue ? » lui demandais-je. « Je me sens forte, et joyeuse », me répond-elle. « Ça te plairait d’imaginer ce que ça pourrait donner dans le monde réel, si tu devenais réellement leur collègue, un jour ? » « Oh oui ! »

Après avoir salué tous les invités du banquet, nous finissons donc la séance par une futurisation, ou Emma se voit adulte, médecin et occupée à soigner ses patients. Elle me dit qu’elle adore son métier.

« Et quand tu rencontres des enfants qui ont peur des médecins ou du milieu médical, qu’est-ce que tu fais pour les aider ? ». Elle me répond : « Je leur raconte mon histoire et ça les rassure. Et quand ça ne suffit pas, je conseille à leurs parents de les envoyer faire une séance d’hypnose ou deux, et le problème est réglé. »

Fin de séance

La séance arrive à sa fin. Nous revenons au présent en passant rapidement par la jungle du départ où Emma sert Croc-Lent dans ses bras, le remercie, et lui dit à bientôt. Puis elle remonte l’escalier et rigole en voyant la marche cassée.

« J’avais peur des marches cassées avant, mais maintenant je saute par dessus et ça m’amuse plus qu’autre chose ».

Tiens, il semblerait que nous ayons réglé un autre problème que j’ignorais…

Elle revient jusqu’à « ici et maintenant », s’étire, ouvre les yeux et sourit.

Fin de la séance…

«  et le problème est réglé ».

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