MA RENCONTRE AVEC LES ARCHÉTYPES (Part 2)

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Partie 2 : la découverte de la pensée archétypale

Dans le dernier numéro, je vous ai raconté comment, au sommet d’une montagne islandaise et en situation de stress intense, les archétypes de l’inconscient collectif se sont déversés dans mon conscient, sous la forme d’une vision mythologique. Ici, je poursuis le voyage, mais sur un plan bien plus intellectuel.

Retour en France et rencontre avec Carl Gustav Jung

De retour en France, je n’ose pas trop parler de cette expérience autour de moi, car j’ai peur d’avoir grillé mes neurones sur le barbecue de la folie et je ne veux pas qu’on m’envoie comme cantinier dans un hôpital psychiatrique. D’autant plus que la folie est quelque chose qui m’effraie à cette époque là : je connais, en effet, plusieurs personnes de mon entourage qui ont été diagnostiquées schizophrènes, et le récit de leur basculement soudain me terrifie.

J’en parle toutefois sur un forum de discussion, sur le web. Mes « amis virtuels » – comme les appellent ma mère – me répondent que j’ai vécu une expérience mystique, que j’ai rencontré les dieux – comme, avant moi, Moïse, Mikao Usui (le fondateur du reiki), et d’autres – que j’ai été possédé par l’esprit de la montagne ou encore que le fantôme du vieux Goði m’a jeté quelque charme antique. Mais aucune de ces explications ne me satisfait pleinement.

Et puis, un jour, j’en parle à mon ami Ketill.

Ketill est plus âgé que moi, il a fait des études en philosophie, a rédigé un mémoire sur la conception du destin chez les Stoïciens, est Franc-Maçon, polythéiste et libraire. C’est quelqu’un d’une culture vaste et hétéroclite, le genre de personne qui aura peut-être une explication à me donner sur ce que j’ai vécu en Islande. Mon intuition s’avère être bonne.

« Ce que tu as vécu, me dit-il, c’est une « brèche ». Dans un état de stress intense – tu as cru que tu allais mourir dans ces montagnes – l’inconscient collectif s’est déversé dans ton conscient ; tu as alors eu accès aux archétypes, tu as pu les voir, alors qu’habituellement ils ne sont pas accessibles au conscient. Certaines personnes, lors d’une expérience de mort imminente, voient défiler toute leur vie « devant leurs yeux » ; en réalité, c’est leur inconscient personnel – siège de la mémoire – qui leur apparaît dans sa totalité, en un fragment de seconde. Toi, pour une raison X ou Y, ce n’est pas ton inconscient personnel qui s’est dévoilé à ton regard, mais l’inconscient collectif.

– Mais qu’est-ce que c’est que l’inconscient collectif ? lui demandais-je. Et les archétypes ?

– Il existe deux niveaux dans l’inconscient : l’inconscient personnel et l’inconscient collectif. L’inconscient personnel, c’est tout ce que nous avons acquis et construit en nous depuis notre naissance, tout ce que nous avons emmagasiné. L’inconscient collectif, au contraire, c’est ce qui est inné et instinctif en nous ; et nous partageons le même avec tous les humains, quelles que soient leurs époques ou leurs ethnies. Cet inconscient collectif est structuré par un ensemble d’archétypes, matrices primordiales des comportements humains, qui prennent souvent, dans l’inconscient, l’apparence de personnages mythologiques.

– Tu veux dire que nous avons tous les dieux et tous les mythes en nous, dès notre naissance ? Et que ce que j’ai vu, sur cette montagne en Islande, c’est ce que chaque humain possède dans son inconscient sans-même le savoir ?

– C’est ce que je crois, oui, me répond Ketill en souriant. Tu devrais lire les travaux de Carl Gustav Jung, un brillant psychanalyste suisse : il a étudié, toute sa vie durant, ces questions là. »

Il m’emmène alors au fond de sa librairie, cherche parmi les rayonnements poussiéreux et en sort quelques livres de Jung. Je les lui achète aussitôt.

De retour chez moi, je suis saisi d’une fièvre bibliovore et j’engloutis avec passion ces ouvrages ainsi que d’autres pavés sur les mythologies et les religions du monde, notamment ceux de Mircea Eliade, un grand spécialiste du comparatisme mythologique. Je me rends compte, alors, des parallèles flagrants entre tous les mythes de l’humanité et ma vision sur Skarðatindur : oui, Ketill dit vrai, Jung dit vrai, c’est une évidence.

Inconscient personnel & inconscient collectif : première approche

Les travaux de Jung (1875-1961) sont denses et riches, tant qu’ils en sont difficiles à lire pour le néophyte non-accoutumé à son vocabulaire, d’autant plus que ses concepts évoluent au cours de sa vie. Mais je comprends vite, en les parcourant, que l’homme était brillant et qu’il était sans doute l’un des plus grands cerveaux du XXe siècle.

Fils d’un pasteur et d’une passionnée d’occultisme, né en Suisse en 1875, Jung hésite tout d’abord entre faire des études d’archéologie et rejoindre la faculté de médecine, car ces deux domaines le passionnent. Il trouve finalement le juste compromis en devenant psychiatre et en se positionnant comme « archéologue de l’esprit », étudiant toute sa vie les niveaux les plus enfuis de l’inconscient humain. 

Cette « psychologie des profondeurs », il l’explore tout d’abord dans l’ombre du célèbre psychanalyste Sigmund Freud (1856-1939) qui est son grand mentor durant la première partie de sa vie.

Freud est connu pour être le grand théoricien de l’inconscient et il est, encore aujourd’hui, très populaire en France (et dans le monde), aussi bien dans le milieu de la psychanalyse que dans les programmes de la faculté de psychologie. Pourtant, la façon dont Freud conçoit l’inconscient est glauque et pessimiste : c’est, pour résumer sa pensée, une sorte de grande poubelle de l’esprit, où grouillent, dans l’ombre, tous nos refoulements, nos pulsions animales et nos fantasmes inavouées qui attendent la moindre faiblesse psychique de notre part pour ressurgir sous forme de névroses (et nous contraindre à nous masturber frénétiquement en pensant à notre mère, et avoir des envies de zigouiller notre paternel, ou inversement si nous sommes une femme, vous avez déjà certainement entendu cette chanson œdipienne quelque part…).

Heureusement, Carl Gustav Jung remet peu à peu en question cette conception négative de l’inconscient pour en proposer une nouvelle, plus complexe et plus neutre. Rappelez-vous : Jung est passionné par l’archéologie, mais aussi par l’histoire et la mythologie. Or, au tout début de sa carrière, alors qu’il travaille en asile psychiatrique, il est surpris de découvrir, dans les délires psychotiques de ses patients, des figures et des histoires qu’il a déjà rencontré, auparavant, dans ses lectures mythologiques. Ce phénomène se produit même chez des patients qui n’ont aucune culture religieuse ou littéraire, ce qui est d’autant plus troublant. Et, plus Jung est attentif à ces phénomènes, plus il devient évident, pour lui, que ces récurrences (celles dans les visions de ses patients autant que celles des mythes antiques) sont des projections spontanées d’un niveau très ancien de l’inconscient, commun à toute l’humanité. Il comprend alors que l’inconscient, en réalité, est constitué de deux niveaux distincts qu’il s’applique à définir : l’inconscient personnel et l’inconscient collectif.

  • L’inconscient personnel est le niveau le plus haut, le plus accessible à notre conscience, où sont stockés tous nos acquis : souvenirs, valeurs transmises par notre éducation, automatismes acquis, refoulements, névroses, etc. Il est assez semblable à l’inconscient freudien, bien qu’il ait une dimension, chez Jung, moins négative, et surtout, moins déterminée par les pulsions sexuelles (un sujet qui obsède Freud).
  • L’inconscient collectif est le niveau le plus profond de notre inconscient et c’est le lieu de vie des archétypes, qui sont à la fois des « matrices primordiales » produisant nos énergies psychiques et des complexes émotionnels et symboliques qui peuvent prendre l’apparence, lorsqu’ils sont traduits en images par l’inconscient personnel (lors d’EMC, « états de conscience modifié », comme les transes hypnotiques, entre autres), de figures de type mythologiques. Cet inconscient collectif est inné et partagé par toute l’humanité : cela signifie que nous naissons avec et que nous avons, en nous, les mêmes archétypes, que nous soyons un homme blanc occidental moderne, une femme grecque de l’antiquité, un japonais du moyen-âge ou un explorateur polynésien du XVIIe siècle ; ce qui explique pourquoi toutes les mythologies de l’humanité se ressemblent. Mais tous ces archétypes ne libèrent pas pareillement leurs énergies psychiques, leurs influences, d’un individu à l’autre, car l’inconscient personnel agit comme une première « passoire » qui filtre l’influence de certains archétypes, et le conscient vient, lui aussi, se placer en deuxième passoire. Les énergies psychiques de certains archétypes peuvent donc être refoulées (ce qui est une chose assez néfaste) ou, au contraire, mobilisées volontairement ; et c’est cet équilibre subtil entre toutes ces énergies qui détermine ce que nous sommes, c’est à dire notre personnalité.

Attention : une mauvaise interprétation courante veut que l’inconscient collectif serait une « mémoire collective » héritée et qui pourrait s’enrichir de génération en génération, mais ce n’est absolument pas le cas, et Jung insiste bien sur ce point : l’inconscient collectif n’est pas une mémoire, il est absolument intemporel et inaltérable.

« What the hell is he talking about !? » s’écrie peut-être votre mental affolé en lisant ces quelques paragraphes. En effet, si c’est la première fois que vous entendez parler de tous ces concepts, vous êtes sans doute un peu perdu, et c’est tout à fait normal. Moi-même, lorsque j’ai lu mes premiers livres de Jung, ceux que mon ami Ketill m’avait vendus, j’avais du mal à m’y retrouver, et ces idées nouvelles ont donné tant de carburant à mon cerveau que la salle des machines de mon esprit s’en est trouvée toute enfumée. Mais, soyez rassurés, si vous continuez à vous renseigner sur ce sujet, ces notions deviendront vite claires pour vous.

Mais d’où vient-il cet inconscient collectif ?

Durant mes lectures, une question me taraude toutefois : « Ok, je crois en l’inconscient collectif et aux archétypes, j’y ai été directement confronté lors de ma théophanie en Islande, mais d’où vient l’inconscient collectif et ses archétypes ? Quelle est l’origine de cette mythologie psychique ? »

Et je découvre très vite, avec frustration, que personne n’a de réponse tranchée sur le sujet. Jung lui-même navigue, toute sa vie durant, entre plusieurs hypothèses :

  • L’hypothèse biologique : l’inconscient collectif existe parce que le cerveau est biologiquement constitué de manière à produire ces contenus archétypiques avant d’autres. Il serait, d’une certaine manière, le stade archaïque – embryonnaire – du développement de la pensée, précédant la formation de la conscience et de l’inconscient personnel. Après tout, le cerveau humain a très peu évolué depuis le néolithique, cela pourrait donc expliquer les mêmes archétypes dans toutes les cultures de l’humanité, et à toutes les époques.
  • L’hypothèse mystique : l’inconscient collectif est la mémoire que l’âme a gardé du divin, de l’époque où celle-ci le côtoyait. Cela vous dit peut-être quelque chose et c’est normal : c’est l’hypothèse de ce bon vieux Platon – qui est d’ailleurs l’un des premiers auteurs a utiliser le terme d’archétypes. Platon pensait que les âmes, avant les temps historiques, étaient de nature divine et côtoyaient les dieux ; or, un jour, pour une raison que l’on ignore, les âmes ont été punies et emprisonnées, sur Terre, dans des prisons de chair (nos corps). Mais, toujours d’après Platon, les âmes ont gardé, enfui en elles, le souvenir de leur première condition et elles sont tant nostalgiques de cet ancien âge d’or perdu que tout ce qui le leur rappelle leur procure de la joie et les élèves. Oui, rappelez-vous, c’est au programme du baccalauréat de philosophie : pour Platon, le beau amène au bon, et le bon conduit au divin. Jung évoque cette hypothèse et son influence platonicienne, mais ne s’attarde pas dessus ; il est à noter, d’ailleurs, qu’il omet de préciser – influence protestante oblige – que si les archétypes sont le « souvenir du divin », alors le divin est multiple, et nous ne devrions pas parler de Dieu, mais des dieux.
  • L’hypothèse physique : l’inconscient collectif n’est pas attaché au corps physique mais constitue, en réalité, un autre plan hors du temps et de l’espace, que le cerveau capte et traduit en contenu archétypique (à la façon d’un post radio qui capte des ondes électromagnétiques imperceptibles par les sens et les traduit en sons audibles). Il s’agit de l’hypothèse que Jung a le plus exploré à la fin de sa vie, collaborant avec le physicien Wolfgang Pauli (1900-1958). Dans celle-ci, les archétypes ne sont pas uniquement les matrices des comportements psychiques : ils sont, avant cela, des forces physiques (comme peut l’être la gravité) qui organisent l’univers tout entier – y compris les psychés humaines et animales qu’ils influencent.

Ce qui est assez amusant, c’est que cette troisième hypothèse, une hypothèse scientifique, est au final assez proche de la plus antique de toutes :

  • L’hypothèse polythéiste : les dieux existent, ils sont multiples, et leurs manifestations dans l’inconscient sont les archétypes. Ou, plus simplement encore : archétypes = dieux. Posez la question à un Hindou ou un Yorouba d’Afrique : cette hypothèse sera une évidence pour eux. « Nous avons tous les dieux en nous » m’a dit, un jour, un Babalawo (prêtre polythéiste) béninois, « si tu prêtes suffisamment l’oreille à leur voix, tu ne pourras plus en douter ». Il s’agit toutefois d’une hypothèse que Jung effleure sans jamais oser s’y aventurer, du fait de son éducation chrétienne. Mais d’autres psychologues, comme James Hillman, n’ont pas hésité à la proposer.

Voilà ce que je découvre dans mes diverses lectures, et cela me frustre un peu, car, à cette époque, je pensais encore qu’il était nécessaire de trouver LA Vérité, idée que j’ai, depuis, abandonnée au profit d’un système à vérités multiples. Mais ce qui est certain, pour le jeune homme que je suis en 2006, c’est que les archétypes de l’inconscient collectif sont un grand et fascinant mystère que je désire plus que tout explorer.

Études en histoire des religions et travail sisyphéen de compilation

Je suis alors pris d’une intarissable soif de connaissance : je veux en savoir plus, je veux étudier toutes les mythologies du monde et les décortiquer pour en extraire tous les archétypes et tous les mythèmes (structures mythologiques récurrentes) et établir les parallèles avec cette grande mythologie universelle que j’ai eu la chance immense de contempler sur Skarðatindur.

Avant de partir en Islande, je venais de passer mon bac Scientifique et je m’étais inscrit en fac de biologie. J’étais alors passionné par la génétique et je rêvais de devenir chercheur dans cette discipline. Mais, désormais, avec toutes ces découvertes euphorisantes, tout se bouscule dans ma caboche. Non, je ne veux plus étudier l’ADN du corps humain, je veux étudier l’ADN de son esprit : je veux connaître et comprendre les archétypes. Ma décision prise, j’annule mon inscription en fac de biologie – une semaine seulement avant la rentrée – et je décide de m’inscrire en fac d’histoire.

Cinq années plus tard, me voilà titulaire d’un master en histoire des religions ; j’ai présenté mon mémoire en mythologie comparée et je suis sorti premier de ma promotion, avec un joli 17/20 et les félicitations du jury. Mais tout n’a pas été aussi simple que cela, car Jung et sa théorie des archétypes ne plaisent pas aux historiens et ceux-ci préfèrent souvent croire en des hypothèses absurdes plutôt que d’accepter l’idée que toutes ces récurrences mythologiques, qu’ils observent et connaissent, viennent de nous. Ma première directrice de mémoire, une assyriologue dirigeant un institut de recherche biblique, m’a ainsi tout bonnement viré, parce que j’ai osé écrire que les mythes de l’ancien testament sont similaires à tous les autres, et que des personnages tels que Noé, Salomon, Moïse et d’autres sont des archétypes que l’on peut aisément retrouver dans d’autres mythologies. Hérésie ! Le tribunal de l’inquisition, il y a quelques siècles, m’aurait brûlé pour ces affirmations blasphématoires ; perdre ma directrice de mémoire, en comparaison, n’est donc pas bien grave. J’ai toutefois été plus prudent avec mon nouveau directeur de mémoire, un helléniste que j’ai découvert être, de par mes contacts, à la fois très catholique et passionné par l’occultiste René Guénon (1886-1951) et par sa thèse de la « tradition primordiale ».

Petite parenthèse : selon Guénon, tous les humains étaient originellement monothéistes et vivaient en une unique et commune civilisation ; puis, à la façon de la tour de Babel, cette civilisation, et cette religion, ont éclaté en une myriade de cultures polythéistes. Et si, d’après Guénon, nous retrouvons les mêmes récurrences dans toutes les mythologies du monde, ce n’est pas une question d’inconscient collectif, mais de mémoire transmise oralement depuis cette tradition primordiale. Cette thèse est tout bonnement absurde, et ce pour deux raisons : la première, c’est que l’être humain, l’âme, est naturellement polythéiste – comme le sait la plupart des anthropologues et comme l’a démontré le psychologue James Hillman –, et la deuxième, c’est que les archétypes ne ressurgissent pas uniquement dans les mythes, mais également dans les rêves, dans les transes chamaniques, dans les visions dues à certaines pathologies mentales ou provoquées par la prise de drogues : les archétypes ne sont donc pas une affaire de mémoire transmise, mais de projection de l’inconscient.

Bref, avec ce nouveau directeur de mémoire, et avec ce que je savais de lui, j’ai pris toutes mes précautions. J’ai présenté, dans mes travaux de recherche, des archétypes et des mythèmes que l’on retrouvait à l’identique dans des mythologies de civilisations très éloignées (comme les Vikings et la Mésopotamie ancienne, par exemple) sans proposer d’interprétation définitive, et surtout en évitant de parler du judéo-christianisme : les membres du jury – tous catholiques – étaient ravis. Et lorsque mon directeur de mémoire m’a posée la question toute guénonienne de « Est-ce que vous croyez que ces récurrences mythologiques pourraient être le fait d’une tradition primordiale ? », je me suis empressé de répondre ce demi-mensonge : « Oui, absolument : c’est une évidence pour moi. » qui m’a valu – au moins – un point supplémentaire sur ma note finale. Mais ce que mon directeur ignorait, c’est que, lorsque je lui répondais, je ne parlais aucunement du fantasme guénonien d’une civilisation unique disparue, mais d’une mythologie psychique bien vivante en nous.

(Vous aurez remarqué, au passage, que tous les chercheurs qui m’ont encadré dans mon cursus étaient des chrétiens croyants, ce n’est pas pour rien que les recherches en histoire des religions sont, la plupart du temps, totalement biaisées.)

En réalité, l’objectif de mes études en histoire des religions était à mille lieues de mon mémoire : il était de retrouver et de compiler tous les archétypes de l’humanité pour les comparer à ceux qui s’étaient dévoilés à moi en Islande. Je me suis attaqué à ce travail de titan, en parallèle de mes cours, en épluchant des milliers d’ouvrages. Oui vous avez bien lu, des milliers : ma bibliothèque numérique, à elle seule, comporte quelques quatre-mille titres (articles scientifiques inclus) sur la mythologie, l’anthropologie, l’histoire des religions, etc. Et, à chaque fois que je retrouvais un archétype ou un mythème dans tel ou dans tel récit, de telle ou telle civilisation, je prenais note de ces récurrences. Au total, sur ces cinq années, j’ai rempli quelques quatorze mille pages de notes (depuis, j’en suis à dix-neuf mille).

Et je suis en mesure de vous affirmer, aujourd’hui, la chose suivante : j’ai retrouvé chaque fragment de ma théophanie islandaise dans au moins une (et souvent dans une foule de) récit(s) mythologique(s) de quelque culture de l’humanité. Mon ami Ketill avait raison : j’avais bien vu l’inconscient collectif, cette mythologie psychique universelle vivant au plus profond de chacun d’entre nous, dans sa totalité, défiler devant mes yeux, ce jour là, sur Skarðatindur, en Islande.

Petite parenthèse : on me demande souvent si je compte faire quelque chose de ces dix-neuf mille pages de compilation, et ma réponse est définitivement non : premièrement parce qu’il s’agit de brouillon, illisible en l’état, et ensuite parce que ce serait beaucoup trop volumineux pour que quelqu’un le lise. En revanche, je travaille depuis des années à la rédaction du Gotabok, le « Livre des Dieux », qui raconte cette mythologie universelle que j’ai vue lors de ma théophanie islandaise. C’est, toutefois, un travail de longue haleine car, comme vous l’avez compris, l’inconscient collectif est d’une très grande richesse, et je suis obligé de faire un (très) gros travail de synthèse pour rendre la chose lisible. Je ne le publierai donc que d’ici quelques années.

En 2011, donc, me voilà en possession d’un master en mythologie comparée et riche de mes connaissances sur les archétypes. Mais il me manque alors quelque chose de fondamental : la possibilité d’en faire quelque chose d’utile.

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